Ce mardi 10 février 2015 tout était normal: lemonde.fr faisait sa une sur Hervé Falciani et l’affaire HSBC et même sur la fausse rumeur de la construction d’une mosquée à Tulle1 ; libération.fr nous renseignait sur le casse-tête des zones de vacances scolaires dû à la réforme des régions2, lefigaro.fr déplorait l’exécution d’une otage Américaine3, quand l’Huma.fr nous offrait un reportage aux côtés des combattants de Kobané4.

Rien qui pourrait laisser penser que la tension internationale était à son comble. Dormez bonnes gens ! Rien qui ne vous concerne ! Enfin, pas encore…

Et sûrement pas les déclarations de votre président revenant de Russie ce week-end !Personne ne veut nous en parler, alors parlons-en ! Faisons-le ! Faisons ensemble ce que nos journaux ne font plus !

Analyse de l’allocution présidentielle donnée à L’AFP lors d’une visite à Tulle le 7 Février5, au sujet des « négociations » entamées avec la Russie :

«La chancelière et moi-même considérons qu’il y a un risque de guerre.»

Hollande ne saurait parler ici du conflit armé opposant les troupes de Kiev à Novorossia comme beaucoup veulent l’entendre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en l’espèce, la guerre n’y est pas un risque mais une réalité factuelle6 ! Il évoque donc bien l’hypothèse d’une autre guerre. Ou alors, et je vous en laisse juge, sa maîtrise de la logique élémentaire et de notre langue est assurément bien modeste.

«donc, nous avons préparé un texte, d’abord avec les Ukrainiens,

Nous vous laissons d’abord apprécier la méthode d’élaboration du texte, consistant visiblement à exclure un des protagonistes. Est-ce donc là la manière de faire d’un médiateur ? Élaborer avec l’un des belligérants un texte, puis le soumettre ensuite à son adversaire ? Cela ressemble davantage à une sorte d’ultimatum qu’à une tractation.

Quelle peut-être ensuite la marge de manœuvre d’un chef d’état mal élu, Porochenko, dont l’armée est vaincue sur le champs de bataille et dont l’économie est effondrée, face à l’UE et à l’OTAN, deux organisations à qui il doit sa position et de qui il espère obtenir son salut ? Aucune bien évidemment ! Le texte proposé au président Russe est l’œuvre d’Occidentaux.

Enfin, comment est-il possible que personne ne se questionne sur la nature de ce texte ? N’est-il pas invraisemblable qu’aucun Français n’en sache rien ? Aucun journaliste n’a jugé raisonnable de s’interroger sur le sujet, ou de polémiquer. Ils ont indubitablement mieux à faire, voyez-vous, que de couvrir ce genre de broutilles.

«puis ensuite nous l’avons discuté avec Vladimir Poutine, et nous devons rapprocher encore les points de vues,[…]»

Manière de dire, ici, que la proposition de sortie de crise n’a pas été acceptée en l’état. Je vous renvoie avec plaisir vers ces remarquables analyses7 anonymes qui cherchent à donner sens à la situation.

Notons aussi l’habituelle personnification de la Russie et de son peuple en la seule figure de Poutine, omnipotent et maléfique à souhait. La ficelle est grosse, usée jusqu’à la corde (Hussein, Kadhafi, Al-Assad, Castro, Chavez, etc.) mais fonctionne visiblement encore. Aux dernières nouvelles pourtant, le président de la fédération de Russie n’avait pas, constitutionnellement parlant, plus de prérogatives que le président des États-Unis d’Amérique.

«Je pense que c’est une des dernières chances»

Si ce que dit notre président a un sens8, en contexte bien sûr, il nous dit bien que c’est une des dernières chances de préserver la paix. Cette formule est parfaitement étourdissante ! Nous voudrions savoir, mais probablement sommes nous trop curieux, à quel moment toutes les autres options ont été épuisées. De quoi parle-t-on au juste ? Nous ne le saurons pas, tout comme nous ne sommes pas dignes de connaître le contenu de texte proposé au peuple russe conjointement par l’Allemagne et la France.

Quel doigté diplomatique remarquez ! Il n’y avait pas meilleur émissaire au monde que l’Allemagne pour attendrir la Russie.

«parce que si nous ne parvenons pas à trouver, non pas un compromis, mais un accord durable de paix, et bien nous connaissons parfaitement le scénario, il a un nom, il s’appelle la guerre.»

Cette affirmation est, elle aussi, ahurissante. Elle débute, prêtez-y attention, par le refus de tout compromis. Ite missa est. S’il n’y pas de conciliation pour rapprocher deux positions divergentes que fait-on ? La guerre, à divers niveaux d’intensité.

La seule manière de recevoir cette phrase est de la recevoir comme un ultimatum : Vous acceptez et il n’y a rien à négocier ! Quelle brutalité !

Puis la vient sortie de l’artiste. Elle est à l’image de l’ensemble de la prestation : délirante.

Menacer la Russie de guerre ! Dans un scénario qu’on connaît bien, pour sûr ! Ce n’est pas comme s’il s’adressait à la première puissance nucléaire mondiale ! Et c’est ici qu’on hésite : monsieur Hollande est-il parfaitement aliéné, croyant réellement en ce qu’il dit ? Prêt à déclencher ce qui serait la guerre la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité ? Pour quoi au juste ? Y-a-t-il quelqu’un qui puisse me dire ce qui en l’état en vaudrait la peine ?

Ou alors joue-t-il le rôle du matamore de comédie afin de remonter sa cote de popularité, sachant bien que le jeu se fait ailleurs, sans lui, sans nous ? Qui imagine ici ce que vit un Russe lisant ce genre de choses. Que vivriez-vous si ces propos étaient tenus par monsieur Poutine en direction de votre pays, de vos mères et de vos enfants ?

Dans les deux cas, la réponse est la même : manifestons à nos représentants9 notre désaccord !

Nous ne voulons pas la guerre !

PS :Signez ici notre pétition citoyenne :

http://www.petitions24.net/urgence__non_a_la_guerre_contre_la_russie

8« Il faut laisser penser que ce que nous faisons est humain, mais, et en même temps, doit être fait pour que les humains vivent mieux, pas simplement pour qu’on les fasse rêver, dans un imaginaire impossible.» François Hollande, le 27 janvier 2015 face à un public d’enfants.

9La novlangue dit désormais «dirigeants».

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