Retour sur les événements récents.

1– Les États-unis et la Grande Bretagne veulent-ils vraiment une guerre totale ?

Il est très difficile de faire la part des choses tant les élites de ces pays semblent divisées en leur sein sur cette question. Au delà de la propagande anti-russe unanime et de la diabolisation de Vladimir Poutine, que d’aucuns qualifieront de bonne guerre, plusieurs groupes d’influences semblent pousser à l’embrasement du conflit. L’option d’une Ukraine neutralisée (finlandisée), pont entre l’Europe de l’Ouest vassalisée et la Russie, telle que la voudrait Zbigniew Brzezinski semble perdre du terrain. Nul doute qu’à Washington certains Think Tanks, animés par le désir de plaire à Wall Street et la City1, pourraient se résoudre au conflit.

Pour ce faire une idée du genre d’oiseaux qu’on y trouve, il suffit d’ailleurs d’écouter le général US à la retraite, Bob Scales, déclarer sur Fox news que la solution au problème ukrainien serait de tuer le plus de Russes possible.2 L’erreur du vieux dingo, à qui l’on a promptement demandé de la mettre en veilleuse, est probablement d’avoir dit tout haut ce que d’autres pensent bien fort.

Pour constituer un jugement, restent les faits. Et ils n’invitent pas à l’optimisme.

  • Dans les pays Baltes, l’OTAN déploie ses troupes. 3000 militaires américains3 doivent s’y installer, officiellement dans le cadre des exercices de l’OTAN Atlantic Resolve. 150 chars américains ont déjà débarqué en Lettonie4. L’Angleterre n’est pas en reste, Cameron ayant annoncé le renforcement de sa participation aux manœuvres de L’OTAN aux portes de la Russie5, et particulièrement dans les pays baltes. N’oublions pas aussi que la Lituanie a rétabli le service militaire obligatoire6, selon les vœux de sa très libérale présidente, ancienne pensionnaire de la Georgetown University, Dalia Grybauskaite, pour répondre aux volontés expansionnistes supposées de Moscou.

    Il s’agit sûrement, là encore, de se défendre contre l’Iran7, n’est-ce pas ?

  • L’encerclement militaire s’étend aussi au sud ouest, les journaux roumains8 rapportant ce week-end de larges mouvements de troupes américaines sur leur sol , particulièrement l’acheminement par chemin de fer de tanks et véhicules blindés. (N’oublions pas la frontière commune entre la Roumanie et L’Ukraine.)

    La Pologne organise, elle aussi, des exercices militaires afin de vérifier l’état de ses troupes dans l’éventualité d’un conflit imminent9.

    L’OTAN manœuvre aussi en mer noire10 et y déploie des forces navales, face à Sébastopol. Le colonel américain Michael Foster a d’ailleurs déclaré qu’ainsi «d’ici la fin de l’été, vous pourriez très bien voir une opération qui s’étire de la Baltique jusqu’à la mer Noire.», ne semblant pas réaliser ce que cela peut signifier pour un Russe ayant un peu de mémoire historique11

  • Pendant le même temps, le FMI finance sciemment l’achat d’armes12, déjà commandées par le régime de Kiev afin de reconstruire son arsenal, alors qu’il suffirait de contrôler dans quel budget va se déverser cet argent pour éviter la reprise des attaques sur l’Est du pays. L’armée de Kiev étant à l’heure actuelle parfaitement aux abois : les soldats mobilisés sont rentrés vaincus et en colère contre leurs dirigeants, si bien qu’à l’heure actuelle Poroshenko mobilise sur le front la police et les milices de la garde nationale13. Son armée ne possédait plus de blindés14, tous perdus durant l’offensive de l’hiver. Cette organisation montre ainsi une fois de plus, si besoin était, sa nature abjecte et son inféodation parfaite aux intérêts atlantistes.

  • Plus grave encore, la présence de soldats et de blindés Britanniques15 sur le territoire ukrainien, mais aussi de parachutistes américains16. Que se passerait-il s’ils tuaient des soldats Russes ? Où s’ils mourraient face à l’artillerie de Novorssiya ? Washington a par ailleurs promis à Kiev la livraison de drones et de véhicules blindés17. À quoi peuvent bien servir ces rassemblements de troupes ? Que dire à Moscou cette fois-ci ? Que ce n’est pas dirigé contre eux mais contre l’ISIS ?

Qu’a-t-on fait de la mise en garde de la Douma, qui n’a cessé de répéter que la présence de l’OTAN en Ukraine équivaudrait à une déclaration de guerre ? Tout semble indiquer que les combats vont reprendre en Ukraine.

2 – La Russie semble déterminée à ne pas céder.

Le président Russe a récemment réaffirmé qu’il était convaincu que les États-unis étaient les instigateurs de l’euromaïdan 18. C’est un secret de polichinelle, mais le fait qu’un dirigeant le dise avec autant de clarté montre franchement le degré d’antagonisme atteint aujourd’hui. Il faut ici prendre le temps de comprendre que même si la Russie n’est pas mortellement blessée, loin de là (voir à ce sujet les analyses de Jacques Sapir19), elle traverse une crise importante, sous les coups redoublés des sanctions européennes et du prix du baril en baisse. Le pouvoir d’achat des Russes a baissé de 7,3% en un an.

Or, en Occident, à force de suggérer que Poutine est omnipotent en son royaume, comme dans un fantasme géopolitique de conte de fée, à force de dépeindre son opposition comme sociale démocrate bon teint, à force d’ignorer les Russes dans leurs vies et leurs sentiments, à force d’imaginer que nos insultes répétées, notre mépris grossier, nos provocations outrancières ne tombent jamais dans l’oreille de personne, nous en venons à négliger parfaitement la réaction de la Russie réelle. Et comment dire… elle ne nous accueillerait pas en libérateurs, pour ceux qui aurait encore un doute. Malgré tout ce qui est dit et répété, le pouvoir exécutif en Russie est à l’heure actuelle relativement sage et modéré et lui aussi doit faire face à ses faucons, à ses va-t-en-guerre. Si nous allons trop loin, pendant trop longtemps, qui sait s’ils ne finiraient pas par être plus écoutés qu’aujourd’hui.

C’est une des mille raisons qui font que la Russie ne reculera plus davantage. Pour preuve, encore des faits :

  • Vladimir Poutine a demandé à la flotte du Nord d’être prête au combat20, multiplie les exercices de DCA en Crimée21, et opère à de nombreux vols de bombardiers dans l’espace aérien international afin de tester le temps de réaction des pays de l’OTAN.

  • Le président Russe a affirmé être déterminé à défendre la Russie, y compris au moyen d’armes nucléaires22, si elle était attaquée.

  • Le contre espionnage russe semble avoir piraté certains systèmes de communication de l’OTAN. Comment, ce n’est pas clair. Il en ressortirait que la Grande Bretagne avait préparé un programme de frappes préemptives sur le territoire de la fédération de Russie. En conséquence, le département de la défense russe n’hésite pas à parler «d’état de guerre avec la Grande Bretagne». Sur toute cette affaire que je découvre à l’instant, voir les liens suivants:

    http://www.theverge.com/2015/3/13/8208413/uk-nuclear-weapons-russia-traffic-redirect

    http://www.themoscowtimes.com/article.php?id=514121

     http://www.themoscowtimes.com/article.php?id=505128

Ce sujet mérite un article en soi. Je suis preneur de toute information supplémentaire.

  • Chypre, un pays de l’union donc, a permis à la Russie de renforcer sa présence en méditerranée23.

3 – Et pendant ce temps, les médias…

  • Et au fait ? Le fameux vol MH17 ? Vous savez bien, celui que la Russie avait froidement abattu en vol. Et bien justement, personne n’en reparle aux vues des récents développements de l’enquête24..

  • Washington reconnaît le retrait des armes lourdes séparatistes25 , tout en continuant de les accuser de violer les accords de Minsk2, et en se promettant de combattre la si puissante propagande russe en occident26, allez comprendre.

  • Visiblement, ils n’ont pas lu le rapport de l’OSCE qui accuse Kiev de ne pas respecter les accords, ni celui de democraty fund accusant la junte de crimes de guerre28 nombreux dans le Donbass. Vous n’entendrez pas parler encore de la déclaration de L’OSCE jugeant que ni la DNR ni la LNR ne sont des entités terroristes29.

  • Vous ne saurez pas non plus que la Ruthénie a demandé son indépendance à Kiev et que le gouvernement vend le pays en pièces détachées au plus offrant.

– Et nous ?

Notre pays… Que voulons-nous pour lui ? Qu’il soit sous commandement américain, comme le Charles de Gaulle32 au proche Orient ? Qu’il soit attaché à la folie qui vient ? Qu’il fasse de la Russie un de ses ennemis mortels ? Qu’il reste muet aux appels33 lancés par les séparatistes du Donbass pour que nous vérifions que Kiev ne respecte pas la paix de Minsk2 que nous avons patronnée ? Voulons-nous vraiment cette guerre qui vient ? Que pourrait-elle nous apporter ?

Il est temps encore temps de dire, assez !

Que voulons-nous au juste ?

1Les raisons économiques d’une guerre mondiale à venir ne manquent pas : remise en cause du Dollars-martingale, crise financière, union monétaire des BRICS, etc.

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