1 – La situation au Donbass

La promesse du président Ukrainien de laisser les enfants du Donbass pourrir dans des caves ne sera donc pas restée lettre morte.

Les deux républiques autonomes n’ont désormais plus accès aux soins médicaux, ni aux médicaments1. Les personnes les plus faibles en sont bien entendu les premières victimes. Ajoutons que, puisque Kiev a retiré son administration de ces territoires, il n’y a plus de services publics d’État. Les enfants du Donbass n’ont donc plus d’écoles où s’instruire2. Environ cinq cent d’entre elles, ont, de toutes manières, été détruites durant l’offensive des Ukrops3.

La situation sanitaire et économique y est catastrophique. Les troupes de Kiev ont laissé un champ de ruine en se retirant4 5. L’OSCE, dont la mission aura été une pitrerie de bout en bout, s’entête pourtant à retarder l’entrée de l’aide humanitaire dans la région6.

Notons d’ailleurs que l‘OSCE n’a pourtant toujours pas trouvé la fameuse armée russe combattant dans le Donbass7, et n’a toujours rien à reprocher aux troupes de Novorossiya qui ont respecté les accords de Minsk2. Ce qui n’est pas le cas de Kiev, mais est-ce encore une surprise, dont l’armée a restreint les mouvements des observateurs à de nombreuses reprises8.

Les violations des accords par Kiev ne s’arrêtent toutefois pas là ! La trêve a été brisée environ cinquante fois par la junte rien que durant ces dernières 24h9 et Kiev s’obstine encore à masser la plupart de ses troupes le long des frontières du Donbass10. Quand à Porochenko, il a décidé unilatéralement de réécrire les accords de Minsk2, en reportant sans raisons légales l’octroi du statut spécial aux deux provinces de Donetsk et Lougantsk11. Cette violation est extrêmement préoccupante, car il s’agissait en l’occurrence de la principale raison ayant décidé les séparatistes à ratifier l’accord.

C’est une évidence que le gouvernement putschiste ukrainien n’a aucune intention de respecter les accords obtenus en Biélorussie avec l’aide de Paris et Berlin. La Rada a en outre officiellement proclamé le Donbass comme étant un territoire occupé12 !

Il est impossible de ne pas parler aussi de ce qui s’est passé récemment dans la ville de Konstantinovka où des miliciens ivres stationnant en garnison ont écrasé une fillette de huit ans sous un char13. Cette barbarie a provoqué une émeute contre les troupes du gouvernement central14. En réponse à cette révolte légitime du peuple, Kiev a envoyé des bataillons supplémentaires et les a autorisés à tirer sur les manifestants pour obtenir le retour au calme15.

Mais quelle espèce d’homme fait tirer sur son propre peuple désarmé ! Comment quiconque peut soutenir cette monstruosité. Pourquoi s’en étonner, après les récentes déclaration de l’officiel Ukrainien, Anton Geraschenko, appelant l’OTAN à traiter le Donbass comme l’ISIS 16!

Les plaies laissées par les forfaits et les crimes de guerres de la barbarie ukrops sont irréparables 17.

2 – Et en Ukraine.

Les choses ne vont guère mieux, disons-le tout net. Mais avant de brosser un rapide tableau de l’évolution de la situation, je voudrais porter à la connaissance du public français un événement passé fort méconnu. En 1991, lors de la chute de l’URSS, durant le bal chaotique d’alors, mené par une mafia sordide et toute acquise à l’Occident, l’Ukraine eut l’occasion de voter pour décider de son avenir. Vous vous dites certainement qu’elle a choisi alors de devenir indépendante, n’est-ce pas ? Absolument pas. Elle souhaita à 70% rester liée à la Russie18 dans une structure ressemblant à l’ancienne URSS. Comme lors de toutes les désintégrations arbitraires de ce que l’Histoire a lentement construit, pensons à l’ancienne Yougoslavie, les problèmes finissent toujours par resurgir. C’est aujourd’hui le cas.

Alors que l’Occident et ses multinationales19 continuent de piller les terres agricoles20 pour quelques Hryvnias, le gouvernement de Kiev légalise le mercenariat21, dans l’indifférence générale, certainement en signe d’apaisement…

Enfin, il faut avouer que le gouvernement n’a pas vraiment le choix, s’il veut poursuivre sa guerre fratricide : Les Ukrainiens de l’Ouest, qui, rappelons-le ici, n’ont dans leur grande majorité aucune envie d’assassiner d’autres Slaves, cherchent par tous les moyens à échapper à la quatrième conscription22, et ce malgré les risques encourus.

Mais en Europe, personne ne veut entendre la parole des Ukrainiens qui rentrent du front hivernal vaincus. Ils ont compris les mensonges qui leur ont été servis et sont furieux contre leurs leaders23. Cela n’empêche pas Poroshenko de pérorer que l’armée ukrainienne n’a jamais été aussi puissante24 ! Avec l’aide récemment apportée par l’OTAN et ses alliés, il a peut-être raison toutefois.

Plus folklorique, et dans le désordre, Yatsenyouk est soupçonné de détourner à son profit des sommes très importantes25, la très américaine présidente de la Lituanie est désignée comme la personnalité ukrainienne de l’année26, allez comprendre ! Enfin, après avoir chassé les médias russes du territoire, c’est au tour d’Euronews d’être remerciée27. On ne peut pas dire pourtant que la chaîne européenne soit particulièrement tendre avec la Russie…

Disons enfin, que le pays est absolument ruiné et que sa monnaie est entrée en hyperinflation.

3 – Et maintenant la guerre des oligarques !

On en rirait bien si ce n’était aussi tragique. Le milliardaire Ukraino-Israélo-Chypriote, Igor Kolomoïsky, actionnaire majoritaire de Privat Group28, deuxième fortune d’Ukraine, gouverneur de l’oblast de Dniepropetrovsk depuis mars 2014, président du parlement juif européen et officiellement résident Genevois, vient d’entrer en guerre contre Poroshenko et Kiev ! Ce triste sire, mécontent d’une loi votée par la Rada qui nuisait à ses intérêts financiers, ainsi que de la décision du gouvernement de dissoudre ou de prendre le contrôle des bandes de mercenaires qu’il entretient, a en effet décidé de franchir le Rubicon29. Il s’est visiblement barricadé ce dimanche dans le quartier général d’Uknafta30 , la plus grande entreprise de raffinerie du pays, après s’en être emparé par la force grâce au bataillon Dnepr-131.

De là, en plein centre de Kiev, il appelle à reconnaître les républiques de Donetsk et Lougansk et ce malgré les remontrances américaines rappelant, non sans humour, par la voix de son inénarrable ambassadeur Jeffrey Pyatt «que loi de la jungle était une manière inacceptable de régler les problèmes politiques».

Il s’agit bien en l’espèce d’un début de coup d’état. Poroshenko a tardé à réagir, mais ce mardi il a détaché deux bataillons pour essayer de prendre le contrôle du fief de l’oligarque rebelle, Dniepropetrovsk32.

Kolomoïsky, pour sa part, semble jouer ses dernières cartes en appelant à la paix avec le Donbass et en déclarant que le régime actuel est à la fois illégitime et impopulaire33. On ne saurait le croire de bonne foi, lui qui est notoirement russophobe, lui qui offrait il y a encore peu de temps 10 000 dollars à toute personne capturant un soldat Russe en Novorossiya, lui qui offre un million de dollars pour l’assassinat du député pro-russe Oleg Tsarev, lui qui finance le bataillon nazi Azov !

Il semblerait qu’à l’heure actuelle, des troupes ukrainiennes reviennent du front Est pour ce qui devrait être dans les jours qui viennent, une bataille pour Kiev.

C’est une tragédie pour l’Ukraine, qui n’a pas fini de souffrir de nos appétits rapaces.

La reprise du conflit sur le front du Donbass semble malgré tout imminente34, suite au départ de l’OSCE. Les combats autour de Marioupol et de Shirokino35 n’avaient d’ailleurs jamais vraiment cessé36.

4 – Les États-Unis et L’OTAN

Personne ne semble dans ce camp désirer cesser l’escalade des provocations qui pourraient nous conduire à la guerre. Obama et son conseiller Zbygnew Brezinsky sembleraient pourtant plutôt enclins à une politique plus prudente. Mais ont-ils encore la main sur la politique étrangère du pays37 ? Entre Victoria Nuland, l’épouse du néo-conservateur Kagan, qui pousse à armer Kiev, les sénateurs qui avisent l’Iran que tout accord signé avec le président actuel n’aura aucune valeur et le congrès et la chambre des représentants qui viennent de voter une résolution autorisant la livraison d’armes létales à Poroshenko38, personne n’est certain de la capacité d’Obama à faire ses propres choix stratégiques.

Le vote du congrès est d’ailleurs d’un extrême gravité car Moscou ne peut prendre cette décision que comme une menace pour sa sécurité tant que l’Ukraine sera en état de guerre civile.

Rappelons, à toute fins utiles, l’ampleur sans précédent du déploiement de troupes américaines en Europe de l’Est et à la frontière de la Russie, au sein de l’opération de l’OTAN Atlantic Resolve39. Ces manœuvres sont telles que même le département d’État peine à cacher aux journalistes le caractère menaçant de l’opération40.

D’autre part, Washington a fait part récemment de son inquiétude quant à la capacité de la Russie d’éliminer les satellites américains en orbite ainsi que des progrès Russes dans le domaine de la «guerre des étoiles»41. Le Pentagone allègue aussi que Moscou a violé le FNI (traité sur les forces nucléaires intermédiaires)42 et s’apprête à riposter sous peu. Des missiles Patriot43 ont par ailleurs été installés sur le sol polonais.

Le commandement de l’Otan dit à l’heure actuelle n’exclure aucune option44 dans la crise ukrainienne. Qui pourrait dire donc que l’hypothèse d’une guerre totale est écartée ?

Le peuple américain doit se révolter45 contre la folie de son oligarchie qui ne semble plus connaître de limites dans sa démesure !

5 – Mais à quoi joue la Grande Bretagne ?

La rupture entre Londres et l’Europe continentale semble consommée. Son absence à Minsk avait déjà posé de nombreuses questions, mais ses récentes déclarations indiquent bien que l’Angleterre se dissocie absolument des accords signés à Minsk par Paris et Berlin. Londres appelle la Russie à restituer la Crimée46 au plus vite à l’Ukraine et David Cameron s’engage à financer les politiques libérales47 en Europe de l’Est pour y contrer l’influence grandissante de la fédération de Russie.

Si l’on ajoute à cela la présence de blindés et de militaires Britanniques en Ukraine, le défi lancé à la Douma est sans équivoque. Pouvons nous imaginer que la Grande Bretagne se risquerait dans de telles aventures sans de sérieux gages de ses cousins d’outre manche ?

Bien sûr que non ! Et ce n’est pas fait pour nous rassurer. 6 – et l’UE ?

Quelle Union européenne ? Force est de constater qu’il n’y a pas de politique étrangère européenne. Ce n’est pas faute de l’avoir crié dans le désert avec tant d’autres depuis plus d’une décennie. Il y a guère qu’intérêts et politiques nationales, la crise ukrainienne le prouve un peu plus chaque jour. Il fallait, comme souvent, attendre que les faits deviennent impossibles à nier pour que certains commencent à l’entendre.

Du côté de la commission et du parlement, rien de nouveau, on continue dans le grotesque en débloquant 1,8 milliards d’euros d’aide à Kiev48, rien que ça ! Aide qui partira, on le sait en achat d’armes. La commission, et c’est sa raison d’être, obéit ici aux desiderata occidentalistes.

Comme tous les ans un état membre glorifie le nazisme tous les 16 mars aux portes de la Russie49. La Lettonie partage bien nos fameuses valeurs, pas de souci hein ? Rappelons qu’une grande partie des habitants de ce pays sont Russes d’origine et qu’ils ont été dégradés de leur citoyenneté sur ce seul critère. Racisme d’État donc.

Jusqu’à quand allons nous accepter de faire partie de cette mascarade !

7- La fédération de Russie

Le pays n’est pas dupe et se prépare à toute éventualité en effectuant des préparations et des répétitions militaires journalières et d’ampleur inédite50 tout en renforçant sa présence en méditerranée. Elle y a effectué des exercices importants ces derniers jours51.

Sergueï Lavrov a dit tout a fait clairement les raisons pour lesquelles son pays considère que Kiev à fait fi de l’accord de paix obtenu à Minsk52 : plus que le non respect du cessez-le-feu, il pointe du doigt le moratoire sine die des lois sur le statut des deux républiques du Donbass.

La Russie fait appel à Paris et Berlin53 pour tenter de faire revenir Kiev à la raison et de l’obliger à tenir les engagements pris.

La Douma, qui a maintes fois mis en garde le nouveau gouvernement Ukrainien, craint désormais une ultime provocation fomentée par les putschistes afin de mettre le feu au poudre54. En un mot, il craignent un false flag plus crédible et mobilisateur que le meurtre malheureux de Boris Nemstov.

Elle annonce toujours aussi clairement que toute intervention de l’OTAN serait vu comme une déclaration de guerre et vient de prévenir le Danemark, qui envisage de rentrer dans le bouclier antimissiles de l’organisation atlantique, que cela exposerait à l’avenir sa flotte au feu nucléaire55.

Il est important de noter aussi que les sanctions et la guerre économique contre le pays semblent pour l’instant être vouées à l’échec. Jacques Sapir donne une étude pertinente de la sortie de crise56 sur son blog et même Bloomberg reconnaît le redémarrage de l’économie russe57 qui contrairement aux économies du monde occidental est bien peu financiarisée !

Prenons ici un moment pour dissiper quelques malentendus suggérés par nos médias : l’État joue certes un grand rôle dans la vie du pays, mais la politique économique de « Russie Unie » est avant tout libérale. Sa principale opposition intérieure en la matière étant d’ailleurs le parti communiste (17,8 % aux dernières élections) et non je ne sais quel parti social démocrate à l’anglo-saxonne. Pour preuve, Vladimir Poutine annonce dans un discours récent que la meilleure réponse aux sanctions est d’augmenter l’ouverture des marchés58. Le récent statut de zone économique franche de la Crimée montre ainsi que nous n’avons pas à faire à une résurrection de l’URSS comme on voudrait nous le faire croire parfois. Cette zone franche connaît d’ailleurs un succès économique important et attire de nombreux investisseurs étrangers59. Même Total60 continue d’investir en Russie.

Enfin, que dire de l’affront de voir de grands États (France, Allemagne, États-unis, Angleterre principalement) décliner l’invitation à la célébration de la victoire de L’URSS sur l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale, vexation qui vient s’ajouter au refus de la présence du chef de l’État russe à la commémoration de la libération des camps allemands.

Le Los Angeles Times va même jusqu’à avancer sérieusement que cette célébration devrait dorénavant se tenir à Kiev61 ! En réponse le gouvernement envisage de demander 600 milliards de réparation au Bundestag pour les dégâts causés par la Wehrmarcht durant l’opération Barbarossa.

Plus sérieusement, que doivent comprendre les Russes ? Sinon que leur pays est redevenu un ennemi pour l’Occident.

8– l’ordre géopolitique en plein frémissement.

Nous pourrions voir l’ordre géopolitique mondial connaître des changements importants dans les mois et années à venir. Espérons que ce ne sera pas une guerre qui les aura provoqués… le jeu des alliances semble entré dans une phase d’instabilité et de réforme imprévisible. Nous nous bornerons ici à évoquer certaines pistes, mais chaque exemple demanderait des développements importants.

Nous pouvons ainsi voir, dans le désordre et sans aucune hiérarchisation :

Sept pays62 de l’UE demander la fin des sanctions à l’encontre de la Russie, se désolidarisant peu à peu de la politique de Bruxelles. L’Italie cherche même à contourner les sanctions au vu et au su de la commission63. Et que dire de la Grèce, sinon qu’elle semble jouer un étrange double jeu, soufflant le chaud et le froid. Alexandre Tsipras a cependant avancé sa visite à Moscou64 qui se déclare prêt à aider Athènes.

La Corée du Sud s’interrogerait de plus en plus sur la capacité des USA à assurer sa sécurité65 et envisagerait de se tourner vers la Chine.

Le Japon, clé de voûte de la géostratégie américaine dans le Pacifique se poserait aussi de sérieuses questions. Veut-il vraiment s’engager définitivement, à cause de son alliance pour l’heure indéfectible, dans des conflits à la fois avec son voisin Chinois, mais aussi avec la Russie. Signe des temps qui changent, peut-être, la visite anticipée de Vladimir Poutine sur l’archipel66 ce mois.

-La Libye67 et l’Irak68 seraient en quête de protection du côté de Moscou.

– Le pivot américain au Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite69, débarrassée de la plupart des bases US sur son territoire, se lasserait de la politique de Washington et entreverrait la possibilité d’un réchauffement de ses relations avec Moscou.

Une partie de l’Europe de l’Est réagit très mal aux mouvement de troupes US sur son sol. Manifestations dans les rues de Sofia70 contre l’OTAN, jets de tomates sur les tanks américains en République Tchèque71, refus de la population Serbe72 de rejoindre l’OTAN.

-Même le Vietnam se permet désormais, et n’oublions pas qu’il en a gagné le droit en payant de son sang, de ne pas obtempérer aux injonctions du Pentagone. Hanoï a ainsi repoussé l’ordre de ne pas offrir ses pistes aériennes à l’aviation russe pour son ravitaillement73. Toujours en Asie, L’inde semble avoir changé d’avis, et ne commandera pas de Rafales74, mais des avions à la Russie.

-Enfin, suite au coup d’État manqué par les États-Unis au Venezuela, qui a été dénoncé et condamné unanimement par tous les pays d’Amérique latine, la Russie a répondu favorablement a l’appel de Caracas75 afin d’assurer sa sécurité.

Comment ne pas voir dans ce bouillonnement d’insoumission à l’ordre actuel, une des raisons de la détermination américaine à faire perdurer le conflit Ukrainien, voire à chercher à renverser la table.

PS : Nous avons volontairement laissé ici les questions de la France et de l’Allemagne de côté, questions qui seront l’objet d’un prochain article.

23Parole aux soldats ukrainiens, vostfr : https://www.youtube.com/watch?v=DG0xJO35hHw#t=98
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