Alexandre Melnik est Géopolitologue, professeur à, l’ICN business school (Nancy) et à l’EM Srtasbourg.

Vous trouverez sa lettre ici :

http://www.lecercledesliberaux.com/?p=11488#comment-286401

Je la reproduis intégralement en gras, mes réponses étant en italique.


La lecture de votre lettre, monsieur, qui m’est en partie destinée, m’a inspiré de très nombreuses réflexions. Par courtoisie, je ne m’étendrai pas sur le grand nombre de solécismes, et même de barbarismes que l’on trouve dans votre prose, le français n’étant pas votre langue maternelle. Je me permets simplement de m’inquiéter de ce qu’un professeur du supérieur maîtrise aussi mal notre langue. À moins que vous ne donniez cours en anglais, ce qui semble être devenu une mode dans nos  »Business Schools ».

En ce qui concerne le fond du propos, vous me permettrez, pour plus de clarté, de vous répondre au fil de votre propre texte.

Si certaines de mes critiques paraîtront dures, elles essaient cependant de trouver la hauteur et l’exigence que l’on serait en droit d’attendre d’un professeur d’une grande école de notre pays.

« Ma lettre à une France pro-Poutine »

Il est regrettable, mais désormais tellement convenu, que dès l’adresse de votre lettre vous réduisiez une nation aussi complexe dans ses composantes politiques et ses différents groupes d’influence, à la seule figure de Vladimir Poutine. Vous travestissez ainsi vulgairement votre patrie d’origine en un royaume de conte de fée où régnerait un souverain omnipotent . J’imaginais, à tort visiblement, qu’un géopolitologue avait une conception du pouvoir plus élaborée, qu’il tâchait de lire la multiplicité des acteurs derrière ce qui apparaît à l’oeil du profane comme grossièrement monolithique. À moins que vous ne cherchiez à réduire volontairement toute discussion à la seule personnalité du président de la Fédération de Russie. Voilà bien le moyen de faire oublier les millions de Russes dont les Français pro-Poutine, comme vous le dites, voudraient peut-être parler. Enfin, permettrez-moi de contester l’usage de cette expression si détestable,  »une France », qui n’a pour seule vertu que de créer des divisions, à l’heure où nous souhaitons justement les limiter.

La démocratie rime avec le débat contradictoire, il semble donc normal que nous ayons une France pro-Poutine.

Vous m’autoriserez donc à vous apporter la contradiction démocratique qu’impose l’isegoria.

Mais il est aussi normal de savoir quelle cause précisément cette France-là (sans doute majoritaire) soutient et, par conséquent, comment elle doit être qualifiée.

Remarquons ici, que vous pensez que les Français sont majoritairement pro-Poutine. C’est peut-être vrai, je ne sais pas. Ce qui m’intéresse toutefois, réside davantage dans la manière dont vous allez vous adresser par la suite à ce que vous pensez être la majorité du corps des citoyens Français.  »Révisionniste, qui renie la primauté de la loi, négationniste, poseuse de bombe, pusillanime, raciste, colonialiste, sophiste, passéiste, frustrée, qui ne s’aime pas, paumée, inhibée par la peur, donneuse de leçon, stérile et myope, antirusse, idiote, etc », voilà donc, et j’en oublie, le portrait que vous brossez des masses plébéiennes. Nous retrouvons sous votre plume le parfait glossaire de l’aristocrate et je ne vous en ferais pas reproche si vous ne vous prétendiez démocrate.

Or, dans aucune des déclinaisons concevables de la démocratie, de la plus littérale à la plus fallacieuse, ne saurait exister la loi du plus petit nombre. Vous qui refusez à la Russie toute existence d’une expression de la voix populaire, pour mieux l’opposer au prétendu pouvoir des peuples prévalant dans le plus grand Occident, ne seriez-vous pas bien avisé, ne serait-ce que pour nous éduquer, de faire plus grand cas de l’avis général. Bien sûr, cela ne vous interdirait en rien de déplorer notre sottise et de chercher à nous convaincre de la validité de vos vues.

C’est aujourd’hui malheureusement une constante de trouver le plus grand mépris des foules chez ceux qui se vantent de défendre des idéaux républicains.

Vos belles exhortations à venir en vue de libérer le citoyen Russe des chaînes du despotisme oligarchique sont d’ors et déjà grotesques.

« Pour aller à l’essentiel, voici un rappel de synthèse. D’abord, cette France est révisionniste, »

Avouez que vous commencez fort ! Je vous avais dans un premier temps laissé le bénéfice du doute, en mettant à votre crédit que vous utilisiez le mot révisionniste dans son acception scientifique positive. L’occurrence de l’adjectif  »négationniste », un peu plus bas, vient malheureusement, par échos isotopiques anéantir toute tentative de captatio benevolentiae.

Vous osez inaugurer votre argumentaire par une insulte ordurière, indigne et gravement diffamatoire. Ce serait inadmissible, si ce n’était avant tout ridicule.

« car elle applaudit au nihilisme juridique propre à son champion. »

Tiens ? Voilà dans l’allusion au  »nihilisme juridique », si l’expression n’était là pour masquer les mensonges de votre billet, une idée véritablement intéressante. Cette tournure de juriste, employée à ma connaissance uniquement pour qualifier le rapport russe au droit constitutionnel, charrie cependant ici uniquement le flot habituel des sous-entendus péjoratifs. Le nihilisme juridique interroge le rapport entre la loi et la constitution : qu’advient-il d’un état dont le pouvoir législatif s’impose à sa structure encadrante, où le volontarisme exécutif tend à faire fi des cadres organiques , peut-on alors encore parler d’état de droit ? Ce sont là des questions encore ouvertes et intellectuellement passionnantes. Vous n’en parlerez pas.

Mais je me demande si ici, vous ne vouliez pas tout simplement dire  »mépris du droit », en calquant dans un sabir approximatif une expression antigouvernementale courante dans la presse d’opposition russe : правовой нигилизм.

Quant à la France, dépeinte en jolie pucelle trépignant dans ses atours de tournoi et encourageant son viril chevalier portant tresse et couleurs sous l’armure… amatorius lapsus scriptae qui cupiditatem tuam nudat ?

« Qui se comporte comme un bandit qui viole, au grand jour, le droit international. »

Vous persistez à filer la métaphore charnelle, bien qu’elle prenne ici d’affreux tours criminels. Et le scélérat qui ne craint pas même l’ire divine et qui, sacrilège, outrage la vertu est encore, c’est entendu, Valdimir Poutine. Ce trope devait-il nous faire lever d’indignation ?

Permettez à la raison de vous répondre.

Que la Fédération de Russie ait fait preuve de  »nihilisme juridique », au sens technique du terme, est tout à fait vrai. Que le référendum de Crimée soit illégal est cependant fort discutable 1.

Vous savez très bien que deux points de droit s’affrontent : d’un côté, la sacralité de l’intégrité des frontières et de l’autre, le droit à la libre détermination des peuples. Il s’agit en l’espèce de jugements casuistes. Dans cette science du cas par cas, nous avons compris que vous défendiez la préservation du territoire des États souverains. Soit. Mais que faîtes vous alors des trente-sept États2 ayant opté pour l’indépendance par référendum depuis 1846 ? Faut-il considérer ses consultations comme nulles et non avenues ?Vous rhabilleriez dangereusement la jeune femme que vous vouliez dévêtir…

Et puis, nous devrions vous voir hurler, écumant de rage, au sujet de l’indépendance du Kosovo, prononcée unilatéralement par le parlement et sans vote populaire le 17 février 2008 ! Indépendance parfaitement illégale, puisque n’émanant pas de la volonté des urnes et proclamée durant une occupation militaire étrangère.

La vérité est que vous n’avez que faire du droit et de la justice.

« Dois-je rappeler que l’Ukraine est un état souverain et indépendant, et le peuple ukrainien, comme tous les autres peuples, a le droit à disposer de lui-même ? »

Vous faites bien au contraire !

N’est-ce pas justement ce qui lui permet de choisir ou non de continuer à avoir un destin commun ? À vous suivre, la France aurait dû continuer d’ensanglanter l’Algérie pendant combien d’années encore ? Et au nom de la probité légaliste, s’il vous plaît !

Ne feignez pas d’ignorer, je vous en prie, que l’Algérie, elle aussi, était assistée par des puissances étrangères durant sa lutte indépendantiste. C’est le cas dans toutes les guerres d’indépendance. La France aidant les États-Unis d’Amérique contre la Grande Bretagne en est un autre exemple.

« Dans ce contexte, accepter la thèse selon laquelle  »la Crimée est russe’‘ au nom d’une nébuleuse pseudo-vérité d’ordre historique,  »

Vous tombez ici dans un simplisme extravagant. Les plis de l’Histoire permettent de nombreuses lectures, certes.

Je ne vois pas cependant en quoi affirmer que la Crimée est Russe est une pseudo-vérité. Vous passez sous silence sa conquête par la Tzarine Catherine II à l’issue de la guerre Russo-Turque (1768-1774). Si toutefois cette date ne vous paraissait pas assez antique pour affirmer légitimement que la Crimée est Russe, vous vous joindrez alors sans réticence à ceux qui refusent aux États-unis d’Amérique toute prétention sur leur territoire actuel. New York était encore britannique, la Louisiane française et tout l’ouest indien ou espagnol.

Vous passez sous silence le don de l’Oblast , hapax juridique, par Nikita Khrouchtchev en 1957 à l’occasion du 300ème anniversaire de la réunification de l’Ukraine et de la Russie. Vous omettez aussi le référendum du 20 janvier 1991, la fondation de la république autonome du 26 février 1992, son abolition le 17 mars 1995 par la Rada, la nouvelle constitution de Crimée de mars 1995, à nouveau contestée par Kiev, tout comme la nouvelle constitution du 21 octobre 1998. Vous n’évoquerez pas non plus le statut spécial de Sebastopol. Vous cherchez à faire croire que la Crimée est un simple département ukrainien.

Vous oubliez aussi de dire combien de fois les puissances occidentales ont cherché à arracher par la guerre la Crimée à la Russie.

« (demain pourquoi pas le Donbass et après-demain l’Ukraine toute entière) »

On attendait impatiemment les arguments rhétoriques. Voici le premier, le fameux doigt dans l’engrenage : si nous cédons ici, nous céderons partout.

Oui, le Donbass, l’Ukraine, la Pologne, puis le monde ! Merci de nous rappeler ces pages de Gargantua, chères à Bakhtine, parmi les plus drolatiques de notre littérature. Poutine-Picrochole imaginerait donc sa conquête des terrarum cognitarum !

« c’est renier la quintessence non négociable de l’Occident, »

Vous voilà donc, comme Alcofribas Nasier, abstracteur de quintessence. C’est passionnant ! Attendons cependant de découvrir ce que sera d’après vous cette substantifique moelle occidentale…

Il faut aussi comprendre, j’imagine, que la Russie ne saurait faire partie de votre Occident, non pas géographique, mais culturel.

Enfin, qui dire des ces deux mots : non négociable. Sommes-nous des salariés venus mendier une augmentation ? Peut-on encore débattre, ou serait-ce vous faire offense ? Merci de nous laisser choisir ce que nous sommes prêts à abandonner ou non.

« la genèse de sa prospérité et de son succès dans l’Histoire, à savoir la primauté de la Loi. »

Le développement extraordinaire de l’Europe occidentale depuis le XVIème siècle serait dû à son amour du légalisme. C’est une thèse passionnante dont on espère que vous nous livrerez rapidement les développements. Mais de quel droit parlez vous au juste ? Du ius Quiritum écrit ou des lois coutumières anglo-saxonnes ?

À moins que ce soit d’une autre loi. Vous savez, celle qui d’après Jean de La Fontaine est toujours la meilleure…

Comme tous les occidentalistes, vous ignorez les richesses des mondes lointains. Pas de lois en Asie ? Pas de lois dans l’Orient ?Hammourabi devait-être certainement Hollandais…

« Si l’on poussait à l’extrême cette approche négationniste, qu’est-ce qui empêcherait la France de réclamer demain l’indépendance du Québec francophone, découvert par le Français Jacques Cartier ? »

Ces questions que vous traitez en badinant sont, je le reconnais volontiers, d’une grande complexité.

« Et quelle serait la réaction de Paris si l’Allemagne, forte aujourd’hui de sa puissance retrouvée, revenait sur le statut de l’Alsace-Lorraine ? »

Ah ! L’ode à la puissance allemande ! Si grande et admirable, si forte et rayonnante ! Et nous, petite demoiselle française… Mais de quelle puissance parlez-vous donc ? De la puissance de ses armes ? Assurément, il nous faut trembler. De sa puissance financière plus certainement, de sa balance commerciale excédentaire et de son hégémonie financière sur la zone euro. En géopolitologue chevronné, vous n’ignorez pas en quoi la prétendue puissance allemande est un cas d’école de fragilité.

Vous ne faites ici que répéter les discours séculaires de certaines élites françaises germanolâtres, lors même que vous reprochez au peuple d’être russophile ! Mais chercher une once de conséquence dans votre texte est peine perdue.

« Cautionner l’agression russe vis-à-vis de l’Ukraine, c’est poser une bombe sous les fondements du système de sécurité collective en Europe depuis 1945. »

Une nouvelle fois, vous ignorez le précédent Yougoslave car il ne sert pas votre propagande. La destruction des fondements du droit est évidemment à chercher dans l’indépendance du Kosovo au dépend de la Serbie humiliée.

À moins que vous n’évoquiez l’article 51 de la charte des nations unis. Dans ce cas, je n’ai pas connaissance de traités de protection réciproque entre l’Ukraine et la France et serais ravi que vous me les fassiez découvrir.

Il me semble aussi que la défense de l’Europe depuis 1945 est assurée par l’OTAN, et que l’Ukraine n’en fait pas parti.

« Soyons clair : donner son assentiment au président russe, c’est amplifier le danger pour la paix dans le monde, en retombant dans le piège de la pusillanimité qui a déjà fait le lit de la deuxième guerre mondiale. »

Enfin le point Godwin ! Nous l’attendions avec impatience ! Vous faites ici écho à ce qu’on appelle désormais l’esprit de Munich n’est-ce pas ? Nous serions des lâches face au nouveau nazisme. Poutine serait un Hitler-Picrochole ressuscité ?

Au-delà du fait que vous nous livrez ici une interprétation de l’Histoire hollywoodienne qu’aucun historien sérieux ne saurait défendre, que faut-il comprendre ? Que nous devons déclarer la guerre à la Fédération de Russie ? Si les mots ont un sens, il s’agit bien de ce à quoi vous nous invitez. C’est ici que votre discours arrête d’être un tissu d’approximations mensongères amusantes pour devenir criminel.

Vous appelez à la guerre, assumez-le clairement et voyez comment vous jugera l’opinion !

Vous enragez que nous ne vous suivions pas sur cette voie, mais pardonnez-nous, nous n’y avons aucun intérêt.

« Ensuite, la France pro-Poutine est intrinsèquement raciste. En soutenant un héritier de la doctrine brejnévienne de  »souveraineté limitée », elle ranime son tropisme colonialiste, jamais exorcisé. »

Nous sommes donc racistes par nature selon vos propres mots. Il n’y a donc rien à faire… quelle élégance courtoise pour votre pays d’accueil, qui vous a même fait l’honneur de vous donner une position prestigieuse dans son institution supérieure.

Racistes, nous ne le sommes pas justement, si ce n’est par vos inversions accusatoires.

Quant au passé impérialiste et colonial de la France, il me semble que notre nation a déjà et à de nombreuses reprises exprimé ses sincères excuses par la voix de ses ministres et présidents. Nous enseignons dans toutes nos écoles la repentance. Que voulez-vous de plus ? Dites-nous, nous aurons ainsi le fond de votre pensée et pourrons enfin déloger le démon qui nous habite.

Comparer la politique actuelle de la Douma à la doctrine Brejnev est sans fondement aucun. Quel rapport entre Prague en 1968 et la situation actuelle ? Nous aimerions que vous nous instruisiez sur la question.

Tout géopolitologue sait qu’au contraire la nouvelle doctrine politique russe veut attirer la sympathie en évitant les ingérences militaires et l’usage de la force afin de se démarquer de l’OTAN et ainsi gagner la bataille des idées. Ce qu’elle pourrait bien réussir à faire plus rapidement qu’elle ne l’aurait cru avec l’aide d’adversaire aussi grossier que vous.

« Sous-entendu qu’il y aurait des races et peuples  »génétiquement inaptes » à s’extraire de l’emprise d’autrui. Rompre le cordon ombilical avec leur  »tuteur » historique. Bref, vivre en liberté.

Hier, cette France justifiait la colonisation de l’Afrique noire ; aujourd’hui, prisonnière du même sophisme, elle nie à l’Ukraine sa capacité à choisir sa propre voie civilisationnelle et épouser les valeurs occidentales. »

Vous envisagez sérieusement de nous faire croire que la Russie et la France pro-Poutine envisagent la géopolitique mondiale en suivant une approche généticienne et racialiste ? Mais de qui vous moquez-vous ? Et vous osez parler de sophistique !

La théorie des climats et le volksgeist sont plutôt l’apanage des culturalistes huntingtoniens de votre espèce, qui conçoivent des ères civilisationnelles essentialisées aux frontières infranchissables.

« En outre, la France pro-Poutine est passéiste. Au fond, elle ressasse son fantasme d’une Russie dite éternelle, à mi-chemin entre Dostoïevski et Kalachnikov, en extrapolant ses propres errements et frustrations sur une réalité dont elle ignore à peu près tout. »

Encore votre dédain insolent : pour ne pas partager vos vues, nous ne pouvons être que bien ignares. Savez vous qu’environ 20 000 élèves apprennent aujourd’hui la langue russe et son histoire durant leurs études secondaires et qu’il faut multiplier ce chiffre par quatre si on revient aux années 70. Vous semblez ici supposer que connaître la Russie et sa culture revient nécessairement à la rejeter comme barbare et sans attraits. Une sorte d’anti syndrome Tolstoïevsky. Ne vous en déplaise, des Français aiment la Russie sans la penser éternelle ou la voir comme une Велика Мать ! Tout comme des Français aiment le Japon, l’Italie ou l’Angleterre. « C’est une France qui manque de confiance en elle-même. Une France qui ne s’aime pas, inhibée par la peur du changement. Une France paumée dans le XXI siècle. »

Vous nous offrez ici toute la phraséologie néolibérale en quelques mots que plus personne ne souffre et vous continuez le déploiement des inversions accusatoires : c’est vous qui n’aimez pas la France telle qu’elle est et la voudriez anglo-saxonne. C’est vous qui avez peur que la France change comme la Russie est en train de le faire.

« Car en s’identifiant à une Russie qui s’isole dans une folie suicidaire, elle s’enfonce, elle aussi, dans le déni du monde contemporain. »

Vous êtes vraiment géopolitologue ? Car à vous lire on pourrait vous croire journaliste sur CNN. Il n’y a que la propagande occidentaliste qui imagine la Russie isolée. Que faites vous de l’alliance toujours plus grandes avec la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, particulièrement avec la création de la NBD ? Que faîtes-vous de la Serbie, de l’Iran, du Venezuela, de Cuba, de la Corée et de dizaines d’autres pays nouant des relations économiques et politiques avec la Russie ?

Le déni du monde contemporain consiste plutôt à croire que l’OTAN n’est pas isolé ! C’est ce que la France pro-Poutine abrutie a compris et que feignez de ne pas voir.

« Qui est global, interconnecté, instantané, aplati par un clic, interdépendant. Ou tout est lié, et le malheur des uns ne fera jamais le bonheur des autres. »

Une telle négation de l’ordo liberalis laisse pantois. Vous savez que tout excédant commercial se fait au dépend d’autrui, vous savez l’inégalité d’accès à la monnaie raréfié. Vous savez que le modèle dit de globalisation n’est pas ni un modèle pérenne ni un modèle d’équilibre des profits.

Je cherche encore au milieu de vos banalités sur la mondialisation le sens de  »aplati par un clic ».

« C’est une évidence pour mes étudiant à travers la planète, mais cela échappe à cette France, toujours prompte à donner des leçons aux autres.

Conceptuellement stérile et myope, elle se trompe de siècle, à l’instar de ceux qui prophétisaient un avenir radieux pour les scribes à l’époque de la généralisation de l’imprimerie. Ou encore ceux qui s’accrochaient à la traction animale après l’invention de la machine à vapeur. »

Pardonnez-nous, mais nous sommes de vilaines gens. Nous ne pouvons goûter les arcanes de vos éthers abstraites. Vos étudiants, eux, sont la fine fleur d’une élite intellectuelle à laquelle nous ne pourrions être comparés. Pensez ! La force conceptuelle des enseignements humanistes professés en écoles de commerce sont légendaires !

Nous nous tromperions de siècle ? Voyons, n’est-ce pas vous au contraire qui nous proposez une politique économique du XIXe siècle et une géopolitique du siècle dernier en cherchant à faire renaître la guerre froide ?

« Pire : la France pro-Poutine est idiote, au sens que Lénine donnait à son expression  »les idiots utiles » désignant la cinquième colonne du communisme dans les pays occidentaux. En est-elle au moins consciente ? »

Puisque je suis idiot, je vais tâcher de me rendre utile. Apprenez que l’expression  »idiot utile » est absente de l’oeuvre de Lénine et qu’elle ne lui est attribuée qu’à tort. Elle apparaît pour la première fois dans le New York Times en 1948 sous la forme  »usefull idiot » en parlant de politique italienne et ce n’est que bien plus tard qu’on en fera un mot de Lénine, probablement suite à la lecture de  »la maladie infantile du communisme : le gauchisme (Детская болезнь «левизны» в коммунизме). Dans ce livre, Lénine n’identifie pas les communistes étrangers comme une cinquième colonne servant malgré elle les intérêts du Kremlin, comme vous le laissez entendre. Il déplore que les membres de la troisième internationale refusent de participer aux élections bourgeoises pour préserver une pureté virginale idéaliste au dépend d’une tribune pratique permettant de propager leurs idées.

« Réalise-t-elle d’être l’objet d’une grossière supercherie qui est antinomique avec son ADN ? » Quelle expression malheureuse ! Je croyais que c’était nous les racialistes qui envisagent les valeurs des peuples selon des critères génétiques… « Comme le disait le même Lénine, un des mentors de l’actuel dirigeant russe et dont la relecture je conseille à ses thuriféraires français :  »l’Occident nous vendra la corde pour le pendre ». »

À nouveau, mon idiotie vous indique que non seulement l’expression n’est pas de Lénine, mais que l’expression originelle est  »les capitalistes nous vendront la corde pour les pendre ». On comprend bien l’identité que vous voulez imposer entre capitalisme et Occident, mais certains pays de votre grand Occident, bercent encore en leur sein d’autres traditions que les mœurs libérales.

Enfin, auriez-vous la malhonnêteté de laisser entendre que Vladimir Poutine serait communiste ? Russie Unie est un parti capitaliste dont la première opposition à la Douma est justement le parti communiste russe.

« Enfin, un comble d’ironie, la France pro-Poutine est antirusse, car elle verrouille l’horizon aux nouvelles générations russes, avide d’ouverture, de communication, de voyage. Avide de France et de sa culture. Mais cela, cette France-là, idiote, ne peut pas comprendre ! »

Le paralogisme est patent et ne convaincra que ceux qui veulent bien vous croire. Si les nouvelles générations russes se veulent un destin différent de leur présent, elles le forgeront. Je ne crois pas qu’elle aient besoin de notre aide condescendante pour cela. Je ne suis d’ailleurs pas au courant du fait que les russes n’aient plus le droit de voyager, ni du fait qu’ils n’aient plus internet pour communiquer.

Je crois par ailleurs que la Russie aime raisonnablement la culture française, mais pas celle qu’on enseigne dans vos classes. Parfois plus que nous, comme quand elle grave le nom inconnu en France de Jean Meslier sur l’obélisque des penseurs dans le jardin Alexandrovski, quand les plus grands spécialistes de Rabelais étaient des structuralistes russes, quand les étudiants connaissent Hugo, quand Lénine admire Montaigne. C’est cette culture qu’ils aiment et non, par glissement sophistique, la non culture du grand marché sociale-démocrate bon teint panoccidentaliste.

« En conclusion et en substance, soutenir Poutine équivaut à une plaidoirie en faveur du terrorisme islamiste. Une barbarie moderne à l’assaut de l’Occident. »

La dernière stupidité doit m’interdire de suivre la rigueur de vos syllogismes.

Ils sont tellement ridicules et racistes qu’ils se passent de commentaires.

Mais à vous lire l’Occident a de quoi être inquiet ! Assiégé par des monstres inhumains sortant de toute part pour réduire à néant la civilisation, la seule bien sûr !

La réalité est bien entendu toute autre, car tout amateur de carte, voit immédiatement quel est le monde qui se projette à l’assaut de l’autre, quel est le monde qui apporte la guerre partout où il passe et dans quel camp est la barbarie.

Je me permets enfin d’exprimer, à titre tout à fait personnel, ma plus vive indignation quant au fait que vous enseigniez dans une grande école française.

Votre article a cependant le mérite de montrer jusqu’à quel niveau d’indigence intellectuelle sont tombés certains secteurs de nos institutions supérieures, par asservissement à l’idéologie dominante.


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