À tous nos collègues enseignants,

Comment contraindre le gouvernement à renoncer à la réforme du collège, obtenir les dispositions que nous souhaitons pour l’éducation nationale, et toutes autres choses qui nous sembleront nécessaires.

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Dans le combat qui nous oppose au gouvernement au sujet de la réforme du collège, nous enseignants du secondaire, mais aussi tout citoyen ayant conscience de l’intérêt vital de l’instruction pour toute nation, il n’est guère qu’une alternative : faire prévaloir nos vues ou accepter de mauvaise grâce celles qui nous sont imposées.

Si notre opposition n’est que l’expression vague d’un mécontentement diffus, si nous avons la conviction que le combat que nous menons aujourd’hui peut être perdu, alors, nous suivons sans conteste la bonne stratégie, celle-là même que nous employons depuis un demi siècle avec le succès que nous savons. Ne changeons rien.

Nous disons ici clairement que cette réforme sera peut-être abandonnée, bien que nous doutions qu’elle ne reparaisse pas, un jour plus favorable à nos décideurs. Nous affirmons aussi qui si cette réforme était abrogée, nos actions passées n’en seraient pas la cause principale, guère plus qu’un motif auxiliaire.

Personne dans notre hiérarchie ne redoute rien de nous. La plupart d’entre nous sont tétanisés par l’hypothèse d’une mauvaise note administrative, n’évoquons même pas ici notre sainte crainte de l’inspection académique. Nos directions du personnel nous insultent quand nous les sollicitons, nos recteurs nous menacent ouvertement, nous fichent. Notre ministère se moque de nous, ment éhontément. Il ont déjà tellement obtenu de nous dans notre inconscience et notre servitude. Ils nous savent bien résignés, et bien incapables leur mener un combat sur leurs terres. Ils nous jugent trop isolés pour accepter de faire le moindre réel sacrifice, pour prendre le moindre risque, ce qui assurerait pourtant leur défaite.

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Si au contraire nous voulions enfin une victoire et une reddition sans condition de nos adversaires, voici ce qu’il nous faudrait faire : exiger la fin de la parodie et des faux semblants. Nous devrions ainsi :

  • Nous mettre en grève générale et reconductible jusqu’à la victoire de nos vues.

  • Cesser de confier aux directions de nos syndicats le choix des moyens d’action.

  • Envoyer un délégué par collège (7000 collèges en France) à des assises nationales afin de réécrire les programmes, nos statuts et toute autre chose semblant nécessaire. Ce qui en sortira ne serait pas négociable. En somme exiger ce que nous pensons bon pour l’éducation nationale, sur nos bases et non sur celles délirantes du ministère.

  • Dans chaque commune abritant un collège, travailler à convaincre l’opinion. Rencontrer les parents et travailler avec eux. Harceler nos élus locaux, départementaux, régionaux, nos députés et sénateurs. Travailler ardemment au succès de notre entreprise. Accéder aux médias locaux et nationaux pour faire entendre nos voix et gagner l’opinion.

  • Dans chaque commune, créer avec nos salaires, nos économies et d’éventuels dons, des centres de solidarité aux grévistes : repas, soin de santé, aide aux collègues en grande difficulté. ( le savoir faire existe !)

  • Exiger la démission du ministre, ainsi que du comité supérieur des programmes, de tous les hauts fonctionnaires de la rue Grenelle. Exiger que le ministère connaisse une vacance relative, le temps que nos propositions soient achevées d’être élaborées.

  • Ne cesser la grève qu’une fois la victoire complète et parfaitement assurée.

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Pour accomplir ceci, que beaucoup jugeront irréel et parfaitement fantaisiste, il suffirait pourtant que nous cessions seulement d’avoir peur comme des enfants, que nous prenions conscience de nos forces, que nous acceptions de regarder en face nos véritables responsabilités de citoyens, que nous cessions d’espérer que la victoire ne nous coûtera rien et qu’elle pourrait en outre venir d’autres acteurs que nous-même.

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Si nous estimons cependant que le jeu n’en vaut pas la chandelle, cessons alors la parodie de révolte ! Nous méritons ce qu’il adviendra de l’éducation nationale dont nous sommes en vérité les seuls gardiens. Si nous préférons notre tranquillité et notre confort à nos devoirs, c’est que notre institution est déjà perdue et que nous sommes indignes de la tâche qui nous est confiée.

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