Appel à réformer nous-mêmes l’éducation nationale, ensemble, parents et professeurs, citoyens.

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Restons optimistes et imaginons un instant qu’à la faveur de la prochaine grève du 26 Janvier, un miracle advienne et que les dispositions visant à reformer le système secondaire français soient abrogées.

Rêver ne nous coûte rien.

Et parfois, une bonne fée exauce nos vœux sans que nous ayons forcé le destin.

Mais si toutefois ce prodige advenait, et continuons nos rêveries, serions-nous pour autant comblés par l’efficience présente de l’instruction française. Qui, en vérité, ne voudrait rien changer ?

Taisons pour l’instant le mal qui ronge les professeurs, et imaginons d’abord quels peuvent être le désarroi et l’inquiétude de parents qui confient leurs enfants aux mains de notre institution. Comment justifier qu’après plus d’une décennie passée sur les bancs notre école, tant d’adolescents quittent désormais le collège parfaitement illettrés ? Personne de raisonnable ne peut ignorer les causes et les conséquences de cette réalité…

Si tous les parents savaient l’étendue de nos renoncements, le ministère serait demain assailli de récriminations.

C’est d’abord à eux que s’adresse cet appel, eux qui sont les usagers d’un service public qui n’a cure de leurs inquiétudes et de leurs volontés. Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des caprices extravagants d’une minorité de parents, que de nombreuses directions ont désormais pris l’habitude servile et déshonorante de flagorner et de satisfaire.

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Et nous, ensuite, enseignants ?

Sommes-nous heureux et convaincus par l’organisation actuelle de notre institution d’enseignement obligatoire ? L’humeur semble indiquer, en dépit de la récente campagne de propagande hollywoodienne du ministère, qu’une majorité des professeurs du secondaire souhaiterait changer de métier, si elle en avait l’opportunité.

Lassée de ses conditions de travail, des pressions hiérarchiques chaque jour plus arbitraires, des injonctions contradictoires, de l’inanité des examens nationaux et des programmes, des entraves innombrables à l’exercice du métier de professeur, du messianisme pédagogiste, mais rarement lassée des élèves, qu’attend donc cette proportion immense du corps enseignant ?

Un ministre providentiel qui, seul, saurait soigner tous les maux de notre système éducatif ?

Face à l’actuelle marche des choses, beaucoup d’enseignants ne croient plus à une grève victorieuse, et pourtant, la plupart rêvent de renverser la table.

Ce mode d’action a été galvaudé et décrédibilisé par les directions des grands syndicats lors des dernières décennies, et même lorsqu’une grève est soutenue par l’opinion publique, il faut bien se rendre à l’évidence : elle n’a, pour différentes raisons que nous ne discuterons pas ici, aucun effet durable, sinon de nous convaincre que rien n’est possible et de lever l’opinion contre nous.

Nombreux sont ceux aussi , parmi les fonctionnaires d’État, qui s’inquiètent légitimement pour leur subsistance et qui ne sauraient supporter la privation de semaines ou de mois de traitement. Nombreux aussi sont ceux qui pensent que la solidarité nécessaire dans ces affrontements ne se mettra jamais en place, et que chacun, le moment crucial venu, retournera vers son intérêt propre.

Si nous n’avons pas, à raison peut-être, le courage du sacrifice, retrouvons cependant l’énergie de construire.

Refonder notre service public d’instruction, sans faire grève, sans attendre un ministère providentiel, sans nous mettre en danger face à notre hiérarchie, sans sortir jamais de la stricte légalité, est en réalité tout à fait possible.

Et c’est ce que nous proposons ici.

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La démarche repose tout entière sur une idée cardinale : réaliser nous-mêmes aujourd’hui ce que nous attendons que nos gouvernements successifs accomplissent un jour.

Nous avons la conviction que chaque professionnel de l’enseignement est à même de mener une réflexion de qualité et réfutons ici une quelconque supériorité des idées venues d’officines technocratiques.

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Comment faire ?

  1. Accepter de tout remettre à plat. Aucun sujet ne doit être écarté par principe, et la liste des débats à tenir est immense (contenus disciplinaires, place et importance de chaque discipline, méthodes pédagogiques et didactiques, rôle et exigence des examens, redéfinir les fonctions et les prérogatives au sein des établissements, le collège doit-il rester un service public d’État ? Importance ou obsolescence du fameux «lire, écrire, compter», etc.).

  2. Travailler directement, ensemble, enseignants et parents et sans intermédiaires : l’objectif est ici de contourner les querelles partisanes, les conflits d’intérêts et les aspirations électorales. Si tout citoyen ou professeur est invité à travailler à ce projet, personne ne saurait le faire au nom d’un syndicat, d’un parti ou d’une association de parents. Cela n’empêchera nullement cependant d’utiliser ces organisations, tout en en restant parfaitement indépendants.

 

En pratique :

En semaine, en plus de nos services :

  • Questionner et débattre avec les parents sur ce qu’ils attendent du collège en terme de contenus et de méthode (téléphone, rendez-vous, porte à porte, mail, réunions, questionnaires.). Ouvrir un dialogue, qui, s’il pourra parfois être houleux, n’aura pour autre objectif que de nous accorder sur ce qui nous paraîtra essentiel. Il nous faut être prêt à entendre toute récrimination, sans préjugé.

    L’objectif est ici d’asseoir véritablement la légitimité démocratique de ce projet. L’envers, est qu’il ne faut rien censurer par avance. Sortira de ces consultations sans intermédiaire entre les enseignants et les parents, ce qu’il en sortira.

Attention : afin de protéger les enseignants statutairement, ces consultations se feront en dehors de leur service et en dehors des établissements. Il est aisé, par exemple, de fonder à ces fins une association afin d’obtenir un local auprès de la mairie.

  • Entre enseignants, se poser toutes les questions ! Lire, s’instruire, débattre, s’entendre, faire apparaître clairement les lignes de fractures.

    De même, ces délibérations ne sauraient se dérouler durant nos temps de services et au sein de nos établissements, sauf en cas de grève ou d’heure syndicale.

Ce surplus de travail est certes important, mais il est le prix à payer pour emporter l’adhésion du grand nombre et montrer notre réelle détermination, sans que l’on nous soupçonne de défendre de présumés privilèges corporatistes .

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Chaque Samedi

Chaque collège envoie un délégué enseignant (et un délégué parent) à un centre d’assises locales (regroupant environ 100 collèges) pour mettre en commun et synthétiser. Ils renvoient vers chaque établissement les points d’achoppements et les points d’entente afin de prolonger les débats.

De même, un statut associatif protégerait les enseignants d’éventuelles sanctions.

Le mode de désignation des délégués sera laissé à l’appréciation de chaque établissement, l’essentiel étant qu’il soit révocable à tout moment en cas de non représentativité de son établissement.

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Chaque Dimanche

Chaque assise locale envoie deux représentants enseignants (et deux représentants parents) à des assises nationales. (200 délégués environ)

L’aller retour de discussion, d’informations, d’échange et de réflexion prendra le temps nécessaire, six mois ? Un an ? Davantage ? Qu’importe !

Ce processus devra perdurer, même après notre réforme, afin de corriger les erreurs que nous aurons commises, en continuant le dialogue entre toutes les parties intéressées.

Ce modus operandi est bien entendu qu’une première tentative d’initiative concrète. Elle attend d’être corrigée et enrichie par notre intelligence collective.

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Une fois les discussions achevées et le projet de réforme décidé, il sera alors aisé de remporter le rapport de force face au ministère et au gouvernement, sauf à admettre définitivement, que le service public d’éducation nationale ne saurait être l’affaire ni de ses professionnels, ni du plus grand nombre des citoyens.

Si nous devions en cela échouer, il n’est maintenant guère de doute sur l’apparition en France d’établissements d’enseignement hors contrat onéreux, qui satisferont une minorité aisée de la population, classes moyennes supérieures incluses.

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Par quoi commencer ?

Réussir à mettre en contact chaque collège1 (5377 collèges) de France, en ligne d’abord, afin de créer une association et de mettre en place les premières assises locales par regroupement de collège, puis une première réunion nationale.

Si nous le souhaitons, tout peut être en place fin Janvier.

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PS : si cette initiative concerne en premier chef le collège, nous invitons les enseignants du primaire et des lycées, à s’engager dans un processus similaire.

Au-delà, si nous parvenions à nous réunir enfin, à bâtir enfin ensemble quelque chose, nous voulons croire que de nombreux autres corps professionnels suivraient cet exemple, pour le meilleur et dans l’intérêt général, à n’en point douter.

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Rejoignez l’appel :

Appel à réformer l’éducation nationale nous-mêmes, parents, professeurs, citoyens.

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