Cout-de-l-otan

Les huit et neuf juillet derniers, se tenait à Varsovie en Pologne la réunion des chefs d’États et de gouvernement des pays membres de l’Organisation du Traité Atlantique Nord. La lecture de ce document édifiant et trop peu commenté appelle de nombreuses réflexions, mais aussi d’innombrables corrections. J’ai ici laissé, sans prétention aucune, celles qui me sont venues en lisant et les ai colorées afin d’en faciliter la lecture.

Le texte intégral de la déclaration est par ailleurs consultable ici :

http://www.nato.int/cps/fr/natohq/official_texts_133169.htm

  1. Nous, chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Alliance atlantique, nous sommes réunis à Varsovie à un moment déterminant pour la sécurité de nos pays et de nos populations. Nous nous réjouissons d’avoir été rejoints par le Monténégro, que nous avons invité à devenir le 29e pays membre de notre Alliance.

2. La mission essentielle de l’OTAN demeure inchangée : veiller à ce que l’Alliance demeure une communauté sans pareille de liberté, de paix, de sécurité et de valeurs partagées, dont la liberté individuelle, les droits de l’homme, la démocratie et l’état de droit.

À propos de ces quelques principes si souvent claironnés et désormais aussi rebattus que mensongers, l’excellente mise au point de Sophie Wahnich 1 offre un recadrage conceptuel absolument primordial.

Nous sommes unis dans notre attachement au traité de Washington et aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, ainsi qu’au lien transatlantique, d’une importance vitale

Vital certes. Mais pour qui au juste ?

Voyons ! Quel État se risquerait aujourd’hui à lancer une guerre d’agression contre l’Italie, la France ou le Royaume-Uni ? Dans quel but et pour quels motifs ? Et plus encore, quel État pourrait bien constituer une menace militaire sérieuse à l’encontre ces nations ? Nations dont l’affaiblissement relatif du potentiel de défense ne nous est pourtant pas inconnu.

Nous avons beau égrener dès lors le chapelet des scénarii les plus farfelus, de la Chine à l’Iran en passant par la Fédération de Russie ou la Corée du Nord, rien ne semble indiquer à moyens termes l’émergence d’un possible conflit ; en dehors de ceux, bien réels pour le coup, que devrait faire craindre toute appartenance à l’Alliance et toute inféodation à ses options stratégiques.

Concernant l’Allemagne, c’est tout autre chose et j’ai déjà dit quelles étaient mes vues : sa voix se ferait certainement plus fluette et moins dédaigneuse à l’encontre de ses partenaires européens sans l’appui militaire transatlantique dont elle est le pivot et la seule véritable bénéficiaire continentale.

Hormis afin de complaire aux préoccupations, pour ne pas dire aux fantasmes baltes et polonaises, pour qui la Russie est pire que Daesch 2, l’OTAN n’est, à notre avis, nullement vitale pour les pays d’Europe de l’ouest.

En revanche, voici une certitude : l’Alliance est parfaitement essentielle aux États-Unis d’Amérique, non pour sa propre sécurité, mais bien pour continuer à prétendre à l’imperium mundi, et persister à refuser, dans un mouvement de déni halluciné, l’officialisation définitive d’un monde multipolaire déjà advenu.

Pour protéger et défendre notre sécurité, indivisible, et nos valeurs communes, l’Alliance doit continuer et continuera de s’acquitter efficacement des trois tâches fondamentales énoncées dans le concept stratégique : défense collective, gestion de crise et sécurité coopérative. Ces tâches restent pleinement pertinentes, sont complémentaires et contribuent à la sauvegarde de la liberté et de la sécurité de tous les Alliés.

3. Nous exprimons notre profonde gratitude à tous les hommes et les femmes des pays de l’Alliance et des pays partenaires qui ont participé ou qui participent, avec bravoure, aux missions et aux opérations dirigées par l’OTAN ainsi qu’aux missions et aux opérations qui, menées par des Alliés, contribuent à la sécurité de l’Alliance. Nous rendons hommage à tous ceux et celles qui ont été blessés ou qui ont accompli le sacrifice ultime alors qu’ils servaient les objectifs et valeurs que nous partageons.

4. Depuis notre dernier sommet, tenu au pays de Galles en 2014, nous avons pris une série de mesures pour renforcer notre défense collective, développer nos capacités, et accroître notre résilience. Nous nous sommes engagés à doter nos forces armées des ressources suffisantes, dans la durée. Aujourd’hui, face à un environnement de sécurité de plus en plus varié, imprévisible et exigeant, nous avons pris des mesures supplémentaires pour défendre notre territoire et protéger nos populations, projeter la stabilité au-delà de nos frontière,

Projeter la stabilité : cet oxymore revient plusieurs fois dans la déclaration de l’Alliance. Au-delà de sa nullité logique, c’est davantage son caractère scandaleux qui est parfaitement choquant : voudriez-vous bien nous indiquer quel est le point du globe où l’Alliance projette une si vertueuse stabilité ? En ex-Yougoslavie (300.000 morts) ? En Libye (100.000 morts), en Syrie (400.000 morts), en Irak (1,3 millions de morts), au Yémen (10.000 morts) en Afghanistan (20.000 morts) ? À moins que ce ne soit en Géorgie, en Turquie ou encore en Corée ? L’ Ukraine n’a jamais été d’ailleurs aussi stable depuis qu’elle s’est rapprochée de l’OTAN, n’est-ce pas ?

Oser parler de stabilité est parfaitement scandaleux quand on sait de quelle projection il s’agit véritablement : de celle du chaos, politique et économique, du chantage et de la rapine, du tapis de bombes assassines et du State building le plus insensé.

Doit-on enfin redire ici, que l’OTAN n’est ni l’assemblée générale des Nations Unies, ni son conseil de sécurité, et qu’elle n’a en conséquence aucune légitimité à se penser comme garante de la stabilité de l’ordre mondial.

et poursuivre l’adaptation politique, militaire et institutionnelle de notre Alliance.

5. Un arc d’insécurité et d’instabilité s’observe à la périphérie de l’OTAN et au-delà. L’ Alliance est confrontée à toute une gamme de défis et de menaces pour la sécurité, qui émanent de l’est comme du sud, d’acteurs étatiques comme non étatiques, et de forces militaires comme d’attaques terroristes, cyber ou hybrides. Les actions agressives de la Russie, y compris ses activités militaires provocatrices à la périphérie du territoire de l’OTAN

Cette dénonciation répétée de la malignité russe revient comme une litanie dans le communiqué.

En somme, ni les exercices militaires Anaconda3 aux portes de la Russie, d’une ampleur sans précédent, ni les manœuvres navales de Baltops4, ni l’augmentation remarquable du budget alloué aux forces de l’Alliance à l’Est (de 709 millions à 3,4 milliards de dollars), ni l’envoi de nouvelles troupes5 à la frontière russe ne sauraient être regardés comme des provocations.

Faire parader des chars allemands à quelques kilomètres de St Pétersbourg n’a évidemment aucune portée symbolique. Acheminer des blindés américains vers l’Est à des milliers de kilomètres de côtes atlantiques, envoyer des militaires et des instructeurs en Géorgie ou en Ukraine, tout ceci n’est évidemment ni une provocation, ni une menace.

Par contre, organiser des exercices militaires sur son propre sol et le long de ses propres côtes, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit6, est donc jugé pendable par l’Alliance !

Remarquez tout est possible en terme de dénégation, dès lors que l’OTAN argue ne pas encercler la Russie dans un improbable « vrai du faux »7 publié sur le site de l’Alliance On peut entre autre y lire que l’OTAN n’a pas entamé un processus de containment à l’encontre Russie car « cette allégation fait abstraction de la réalité géographique. les frontières terrestres de la Russie représentent un peu plus de 20 000 kilomètres. Sur ces 20 000 kilomètres, 1215 seulement, soit moins d’un seizième de la longueur totale des frontières, bordent des pays actuellement membres de l’OTAN. La Russie a des frontières communes avec 14 pays (Norvège, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Bélarus, Ukraine, Géorgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan, Mongolie, Chine et Corée du Nord). Seuls cinq d’entre eux sont membres de l’OTAN. » Certes. Mais combien de ces pays étaient membres de l’Alliance il y a deux décennies ? Aucun.

De plus, comme le rappelle les articles 24, 111, 112 et 113 de ce même document, l’Otan précise protéger la Géorgie et Azerbaïdjan aux frontières directes de la Russie donc, mais aussi la Moldavie et l’Arménie. On omet soigneusement encore de mentionner les efforts déployés afin de renforcer la coopération entre le NORDEFCO8, traditionnellement neutre, et l’OTAN.

De là à parler de processus d’encerclement…je vous laisse seuls juges.

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Enfin, prenons un peu de hauteur. Oui, la Fédération de Russie peut être arrogante, transgresser parfois le droit international, user de ses positions de force pour faire valoir ses intérêts, utiliser son armée pour sa défense et ses intérêts cosmopolitiques. C’est ce que fait tout État souverain face à d’autres États souverains.

La Russie est coupable de cela, l’Alliance l’est aussi, et d’autres encore. Mais voyez-vous, quand on prétend décerner tous ces vices communs à un seul, il en va alors comme de la fable des animaux malades de la peste. C’est en somme un mensonge concerté, protégeant toutes les autres puissances, un mensonge rendant plus hideux encore et plus criminel celui qui en est victime ; et peu de temps ne saurait passer avant que chacun ne crie haro sur le baudet !

En d’autres termes, il s’agit là ni plus ni moins que de propagande de guerre.

Comment dès lors feindre l’incompréhension quant à la réaction toute naturelle de celui qui en est la cible ? Toute victime de propagande de guerre serait bien inconsciente de ne pas se tenir prête au pire. En vérité, tout le monde le sait bien, et l’escalade est voulue. Jusqu’à un certain point.

et sa volonté avérée d’atteindre des objectifs politiques par la menace ou l’emploi de la force, constituent une source d’instabilité régionale, représentent un défi fondamental pour l’Alliance, ont nui à la sécurité euro-atlantique, et menacent l’objectif, que nous poursuivons de longue date, d’une Europe libre, entière et en paix.

Libre de qui ? De quoi ? Et puis entière ? Aurait-on égaré un bout du continent ?

À moins que l’Alliance ne parle ici de l’Union Européenne, ce qui ferait davantage sens. Il est tout du moins intéressant de lire ici un aveu si éclatant sur les projet de longues dates de l’OTAN et de son principal État membre…

Par ailleurs, les conditions de sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui se sont dégradées de manière significative dans l’ensemble de la région, ont de profondes répercussions sur notre sécurité. Le terrorisme, en particulier les attaques perpétrées par le prétendu État islamique en Iraq et au Levant (EIIL/Daech), a atteint un niveau d’intensité sans précédent, il s’étend à l’ensemble du territoire des Alliés, et il constitue désormais une menace immédiate et directe pour nos pays et pour la communauté internationale. L’instabilité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord alimente également la crise des réfugiés et des migrants.

Ah ! Cette fichue instabilité ! C’est sûr, dans ces régions les hommes n’ont pas l’OTAN pour s’inoculer la stabilité et la panacée des vertus régulatrices du marché ! Pourrions-nous cependant suggérer aux cerveaux de l’Alliance, puisque bien entendu, il est parfaitement exclu que ces hommes se moquent de nous, de faire peut-être, et avec un brin de vaillance, le lien entre cette susdite instabilité et leur récentes projections de stabilité en Irak, en Afghanistan, en Libye, en Syrie ou au Mali ? Voire même, mais nous friserions la témérité, de reconsidérer les supposés bénéfices des trop fameux changements de régimes colorés ou printaniers ?

6. Le nouvel environnement de sécurité, en constante évolution, exige la capacité de faire face aux défis et aux menaces de toutes sortes, d’où qu’ils viennent. Fondée sur la solidarité, la cohésion de l’Alliance et l’indivisibilité de notre sécurité, l’OTAN reste le cadre transatlantique pour une défense collective solide et le forum essentiel pour les consultations et la prise de décisions entre Alliés en matière de sécurité. La responsabilité première de l’Alliance est de protéger et de défendre le territoire et la population de ses pays membres contre une attaque, conformément à l’article 5 du traité de Washington. Ainsi, une attention renouvelée est désormais accordée à la dissuasion et à la défense collective. Parallèlement, l’OTAN doit conserver sa capacité de répondre aux crises au-delà de ses frontières, et continuer de s’employer activement à projeter la stabilité et à renforcer la sécurité internationale en travaillant avec ses partenaires et avec d’autres organisations internationales.

7. Les Alliés sont face à un large éventail de défis liés au terrorisme, qui représentent une menace directe pour la sécurité de nos populations et, plus largement, pour la stabilité et la prospérité internationales. Au cours des derniers mois, nous avons été confrontés à de terribles attaques terroristes sur notre sol et dans nos villes. En particulier, l’EIIL/Daech représente une grave menace pour la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord au sens large ainsi que pour nos pays. Pour y répondre, tous les pays membres de l’Alliance ainsi que de nombreux partenaires de l’OTAN contribuent à la coalition mondiale contre l’EIIL. Grâce à cette action déterminée, la campagne de la coalition mondiale a permis des progrès considérables, s’appuyant sur l’expérience que nous avons acquise en travaillant ensemble, ainsi qu’avec les partenaires, dans le cadre des opérations, des entraînements et des exercices dirigés par l’OTAN. L’EIIL/Daech est en train de perdre du territoire, de perdre le contrôle d’itinéraires d’approvisionnement et de ressources stratégiques, et de perdre également ses chefs, ses combattants et ses partisans. Afin de garantir que l’EIIL/Daech soit vaincu pour longtemps, nos pays restent déterminés à maintenir cette dynamique et l’action de la coalition mondiale. Dans ce contexte, il importe que les autorités iraquiennes continuent de promouvoir des politiques qui garantissent l’inclusivité à tous les niveaux du pouvoir, y compris au sein des forces de défense et de sécurité. Nous sommes conscients, par ailleurs, qu’une lutte efficace et durable contre l’EIIL/Daech en Syrie ne sera possible que si un gouvernement légitime est en place, et nous soulignons la nécessité d’une transition politique immédiate et véritable dans ce pays.

On se demande plus sérieusement selon quels critères du droit international M. Al-Assad serait illégitime, et ceci quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir de l’homme. Mais prêtons-nous au jeu un instant afin d’en démontrer la futilité : organisons immédiatement des élections législatives en Syrie ! Selon quelle constitution ? Certainement pas la constitution Syrienne actuelle, puisqu’elle reconnaît pour sa part comme tout à fait légitime l’actuel président.

Imaginons alors des élections de type occidental, et voyons pour rire un peu quels en seraient les possibles candidats : Abou Bakr al-Baghdadi9 ?Abou Mohammed al-Joulani10 ? Selim Idriss ? Abou Yahia al-Hamawi ? Un «démocrate» occidentaliste bon teint venu de Londres ou Washington, de préférence appointé par le département d’État comme le fut Hamid Karzai11 en Afghanistan ? Peut-être le président sortant, à supposer que la démocratie souffre qu’il ait encore le droit de recueillir des suffrages ?

Tout ceci n’a aucun sens, sinon de chercher à légitimer (rendre légal) des mercenaires hors-la-loi et de prétendus démocrates ayant pris les armes contre leur propre peuple et contre leur État.

Plus grave encore, si l’Alliance cessait de poser cette condition, plus rien n’empêcherait alors d’entrevoir la fin de la guerre et la liquidation de Daesch et d’Al-Qaïda en Syrie et en Irak, sauf à prétendre que les actions conjuguées de la Russie, de l’Iran, de l’OTAN et de ses alliés seraient insuffisantes pour en venir à bout en un temps raisonnable. Cette condition est illégitime, rappelons-le et, en dernière analyse, n’a pour conséquence que de prolonger encore le conflit.

Et puis, avouons-le, le départ des « tyrans » Hussein et Kadhafi avait si bien réglé les problèmes de l’Irak et de la Libye qu’il serait dommage pour l’Alliance de céder sur ce point !

Nous condamnons les attaques barbares incessantes perpétrées par l’EIIL/Daech contre les populations civiles, sans distinction, en particulier le fait que des communautés religieuses et ethniques entières soient prises pour cible de manière systématique et délibérée. Nous condamnons aussi avec la plus grande fermeté les actes violents et lâches commis par l’EIIL/Daech sur le territoire d’Alliés. Si la sécurité d’un Allié est menacée, nous n’hésiterons pas à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer notre défense collective. Au vu des conséquences humanitaires dramatiques de la crise et des répercussions de celle-ci sur la stabilité et la sécurité de la région, les Alliés apportent dans toute la région une assistance humanitaire et en matière de sécurité.


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